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Export: Pourquoi on ne s’en sort pas

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Sommes-nous encore un pays exportateur? La question mérite d’être posée aujourd’hui. Malgré l’atout «naturel» de la proximité avec l’Europe -la plus grande zone mondiale de prospérité avec ses 400 millions de consommateurs- et quantité de rapports et d’études, le Maroc peine à devenir un pays exportateur. En effet, le Royaume voit, année après année, sa capacité exportatrice se réduire comme peau de chagrin. 2008 a été, à cet égard, symbolique avec un trou de la balance commerciale qui a culminé à 25% du PIB, soit l’équivalent de 167,44 milliards de dirhams, entraînant dans son sillage la balance des paiements.
La situation est telle qu’elle inquiète désormais les autorités monétaires et le gouvernement qui redoutent l’impact de ce plongeon sur les réserves de change, une question ultra sensible tant les souvenirs de la pénurie des devises des années 1980 est encore dans toutes les mémoires.
Ce déficit abyssal (qui ne tient pas qu’aux cours du pétrole) confirme surtout une tendance lourde relevée depuis plus d’une dizaine d’années (voir aussi article en page 6). Il a par ailleurs mis à nu les faiblesses de l’économie nationale à s’intégrer dans la globalisation autrement qu’en spectateur. Selon les données de l’Office des changes, l’effort d’exportation du Maroc (rapport entre les exportations et le PIB) s’élevait à 23% en 2008. Par comparaison, ce taux frôle les 85% pour un pays comme la Belgique. La seule certitude est que l’on n’arrive pas à profiter des larges opportunités offertes par la multiplication des accords de libre-échange (voir article en pages 7 et 8). Se doter de plans sectoriels, c’est très bien pour la visibilité des acteurs, mais la diversification des produits ou des marchés ne se décrète pas. Pourquoi on ne s’en sort pas? Malgré des objectifs pompeux, le plan «Export Plus» comme les autres du reste, ne réalisera pas de miracle. La question de fond se trouve dans l’offre exportable et la capacité de nos entreprises à se projeter sur les marchés extérieurs, analyse Mohamed Benayad, secrétaire général du Conseil national du commerce extérieur (CNCE). Il ne faut donc pas s’étonner de la faible contribution des exportations à la croissance, tirée essentiellement par des secteurs comme le BTP dont l’immobilier, «qui rapporte bien plus que des secteurs à potentiel d’exportation». «Comme l’on ne peut pas exporter des maisons », …ironise le secrétaire général du CNCE.
Les entreprises marocaines devraient aussi apprendre à travailler en réseau.
Que vend donc le Maroc à l’étranger? L’offre sur le marché international est concentrée autour d’une poignée de produits à faible élasticité de la demande et, pour la majorité, à faible valeur ajoutée. En 2008, les phosphates et dérivés représentaient un gros 1/3 des exportations, les vêtements confectionnés et les articles de bonneterie, 16,6%, les produits de la mer (8,6%) et 8,7% pour les composants électroniques et le matériel électrique. Les agrumes, un gros secteur pourvoyeur d’activité et d’emploi dans le monde rural, ne pèse que 2,1 points dans les exportations (Source: Office des changes).
Le textile et habillement, qui fut jadis l’une des vitrines du Royaume à l’export, peine à faire évoluer un modèle économique fondé encore sur la vente de la minute de main-d’œuvre, alors que les donneurs d’ordre sont en quête de solutions, d’offres globales et de partenaires capables de leur apporter des idées nouvelles et des propositions afin qu’ils se concentrent sur le métier de base, constate Abdelali Berrada, expert-consultant et ancien délégué général de l’Amith (Association marocaine des industries textiles et d’habillement). De la mécanique à l’électronique, en passant par le textile, le problème est le même: l’offre exportable ne répond pas à la demande du marché.

Où sont passées les plateformes d’exportation?


Dans le textile par exemple, relève Abdelali Berrada, le Maroc a pris un retard considérable après avoir lancé une stratégie de repositionnement en 2003 poussée, il est vrai, par la levée de quotas de produits chinois sur le marché de l’Union européenne (Fin de l’accord multifibres). Mais l’arrivée des commandes de Zara et autres Mango ont presque anesthésié nos opérateurs et les pouvoirs publics, qui ont du coup parié sur le statu quo et oublié le plan stratégique. Ce dernier était fondé sur une idée de base : développer l’amont de manière à assurer aux entreprises le maximum de réactivité, qui serait notre levier principal de compétitivité face aux Asiatiques. De tout cela, peu de choses ont été concrétisées. Illustration: Les plateformes d’exportation prévues dans la loi de Finances 2004 n’ont jamais vu le jour, faute de décrets d’application.
Mais à quelque chose malheur est bon. La crise actuelle a eu pour effet de ressortir au grand jour les faiblesses structurelles de l’industrie textile. Tous les opérateurs qui se cachent derrière le coût de la main-d’œuvre sont condamnés, prévient Abdelali Berrada. La conséquence de ce statu quo est que les bénéfices escomptés de la fin de l’accord multifibres seraient neutralisés. Malgré la contrainte des coûts logistiques, l’Asie sortira vainqueur du match qui se joue dans l’industrie mondiale du textile.

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