La petite baisse enregistrée en décembre et janvier par la chaîne Sofitel n’entame pas le moral du PDG de Accor Maroc.
Marc Thépot se dit satisfait du taux d’occupation des autres enseignes de son groupe. L’Ibis Casablanca a atteint 80% en janvier, soit plus de 11% par rapport à l’année dernière. Performance que Thépot impute à l’affranchissement de la plupart des enseignes de son groupe du business du tour operating pour leur propre commercialisation directe, qui avoue, comme nombre de ses confrères, un manque de visibilité sur le long terme. Pour l’heure, ce dont on est sûr, c’est le tassement avéré dans le segment luxe et tourisme d’affaires. Le coup de sonde de nos correspondants régionaux en dit long sur cet état de fait.
A Marrakech, «les entreprises souffrent». Le détail se passe de commentaire. Pas de visibilité pour la filière hôtelière dans la ville ocre sur les trois premiers mois de l’année, confient les professionnels eux-mêmes. La crise aurait-elle déjà eu des effets négatifs sur le secteur du tourisme? Difficile à dire, mais pour certains professionnels, son impact est déjà perceptible et ferait reculer, pour les plus optimistes, d’au moins 20% la fréquentation. Preuve, pour les Clubs de vacances les plus fréquentés auparavant, appartenant aux TO lesquels en payent un lourd tribut. Ils tourneraient avec des taux d’occupation de 30%. Sachant que le tour operating est le principal fournisseur de l’hôtellerie à Marrakech, l’on peut imaginer les dégâts que la baisse de leur activité peut entraîner. Toutefois, le Mice (séminaire, incentive…) et le marché interne se maintiennent, indique Salaheddine Naciri, président de l’association de l’industrie hôtelière de Marrakech.
A noter que les taux de remplissage diffèrent d’un établissement à un autre et selon les catégories. Si les établissements touristiques s’en sortent pour l’heure, selon Naciri, c’est parce qu’ils fournissent un grand effort dans la maîtrise des charges. Mais il reconnaît que si la crise continue, la filière hôtelière va s’exposer à de gros dégâts.
En réalité, le premier décrochage dans le secteur remonte à 2007. Cette année-là, les entreprises touristiques, notamment les hôtels, ont vu leur activité chuter de 11 points. Avec ce 2e décrochage, les chutes sont plus visibles dans une ville qui accueille grossièrement 5.000 nouveaux lits par an. «Rosir l’image du tourisme tend à sous-estimer la crise actuelle et ne peut servir l’économie du tourisme», commente ce professionnel de la place.
La ville du détroit ne déroge pas à la tendance générale à la baisse des réservations d’hôtels. Les professionnels de la région de Tanger sont convaincus pour cette année que celles-ci connaîtront une sérieuse baisse pouvant aller jusqu’à 20% par rapport à 2008. Pour eux, il s’agit d’une évidente conséquence de la crise qui s’abat sur les pays européens émetteurs traditionnels de touristes pour Tanger. Par contre, ce recul conjoncturel ne va concerner les arrivées touristiques, fait remarquer le Conseil régional du tourisme de la ville. «Tanger est une ville de transit avec une clientèle diversifiée où la part du tourisme, autre que celui des groupes, est en constante progression». C’est le cas de la clientèle d’affaires dont la part est en hausse et de la clientèle ponctuelle, des touristes espagnols de passage en particulier, qui représente près de 50% du total des nuitées de la ville.
A Fès, c’est plutôt «l’optimisme qui règne», pour le moment. Quoique les professionnels ne sont pas à même d’évaluer les effets de la crise sur leur activité en ce mois de février, qui coïncide avec l’habituelle période de basse saison. Ils avouent être confiants pour le reste de l’année. Ainsi, pour le Jnane Palace, l’on se frotte les mains. «Les réservations sont maintenues et les demandes des TO et agents de voyages affluent normalement», indique Abdullah Aïtsaddik, directeur de l’établissement. Et d’ajouter que l’activité va reprendre à partir du mois de mars. A cette date, l’hôtel devrait atteindre un taux d’occupation de l’ordre de 45,7%. A en croire la direction, cette tendance haussière continuera durant les mois d’avril (52,5%) et mai (58%) avec un petit tassement en juin (44,8%). Ces tendances ne tiennent pas en compte les touristes individuels, qui réservent généralement leur chambre la veille de leur arrivée, précise Aïtsaddik. D’après lui, la crise sera bénéfique pour la destination Maroc du fait de sa proximité avec les principaux pays émetteurs (France, Espagne, Allemagne). Même son de cloche chez Aziz Lebbar, vice-président du CRT de Fès et également propriétaire des hôtels Zalagh, pour qui la qualité et le prix des prestations hôtelières favoriseront la performance du secteur en cette année de crise. Sans oublier l’animation. A cet égard, Fès, qui a fixé et diffusé son agenda culturel à l’avance, devrait tirer son épingle du jeu.
Clientèle des Musiques sacrées fidèle
En effet, la clientèle des festivals Soufi, Madih, Bridge, Musiques sacrées…est fidèle. Les éditions précédentes ont réussi à surmonter des conjonctures aussi périlleuses que la crise (guerre du Golf, attentats du 11 septembre à New York et 16 mai à Casablanca…). Seul bémol, le tourisme de santé. Les dirigeants de la station thermale de Moulay Yacoub constatent un ralentissement de l’activité depuis novembre dernier. Est-ce à cause de la crise internationale ou aux intempéries qui rendent impraticable la route de Moulay Yacoub? En tout cas, le Conseil régional compte réaménager incessamment cette route en double voie rapide sur plus de 16 km. Ce qui devra encourager les curistes.
Agadir, réservations au compte goutte
Les temps sont durs pour les professionnels d’Agadir. Les réservations dans les établissements hôteliers tombent au compte goutte. Aucun opérateur ne peut dire quel sera le taux de réservation global sur l’année. Pour l’heure, en ce début février, les hôtels les mieux lotis de la station balnéaire ont un taux de réservation entre 45 et 59%. Ce qui représente une baisse de près de 20% pour des établissements, comparativement à la même période de l’année dernière. D’ailleurs, ces taux de réservation ont été obtenus grâce à de gros efforts sur les prix, précise Salah-Eddine Benhamane, président de l’Association de l’industrie hôtelière d’Agadir. Reste que des établissements 5 étoiles, voire 4 ne peuvent compresser les prix démesurément. La grande inconnue, est de savoir comment finira le mois de février en cours.
Pour le reste, le président du groupe Tikida, se dit confiant. «La destination peut tenir la tête hors de l’eau pendant la saison en cours, car c’est une destination d’hiver», soutient Guy Marrache. Il reconnaît cependant que dès l’été prochain, «la situation risque d’être plus difficile en raison des offres de destinations concurrentes ayants les mêmes atouts».
















