Ils estiment que, si rien n’est fait, leurs parts de marché passeront de 53% à 43% en 2012.
En 2012, les marques européennes seront à 0% contre 17,5% de droits de douane pour les autres.
Les importateurs estiment que le différentiel à terme ne devrait pas excéder 10 points.
Les distributeurs de véhicules d’origine non-européenne, dont notamment les marques asiatiques, réunis sous la bannière du Groupement des importateurs de véhicules pour l’équité tarifaire (Givet) depuis mai 2008 ne se lassent pas de réclamer à l’Etat un traitement équitable en matière de droits de douane par rapport aux importateurs des marques européennes. Pour étayer leur thèse selon laquelle le processus actuel de démantèlement des droits à l’importation fausse la concurrence dans le secteur au profit de leurs concurrents, ils ont rendu publiques, le 21 avril, les conclusions d’une étude commanditée au cabinet Mazars & Guérard.
Pour les membres du groupement, qui affirment représenter, à eux seuls, 300 MDH d’investissements et 2,9 milliards de recettes fiscales en 2008, l’Etat a certes commencé à réparer une injustice fiscale puisque la Loi de finances de 2009 prévoit une baisse des droits à l’importation. Mais cela reste insuffisant. En effet, les véhicules de marques autres qu’européennes paient maintenant des droits de douane sur la base d’un taux de 27,5% contre 32,5% en 2008. Mais en même temps, les marques européennes, dont le processus de détaxation a commencé bien avant, s’acquittent de 17,5% seulement. Pire encore, les membres du Givet (Asian Hall, Auto Nejma, Global Engines, Jama Auto, Kia Motors, Madiva, Pacific Motors, Suzuki Maroc, Toyota du Maroc et Univers Motors) estiment qu’ils resteront lésés même en 2012 puisque les véhicules qu’ils importent continueront à être taxés à 17,5% au moment où les véhicules européens atteindront le seuil de 0 %, soit un différentiel de 17,5%.
Les marques européennes et américaines mieux protégées au Maroc que chez elles
Au regard des différents accords contractés par le Maroc avec l’Union européenne et les Etats-Unis notamment, le Givet renonce à demander le même taux, mais estime que si la différence de taux par rapport aux marques européennes dépasse 10 points, leur compétitivité en prendra un coup. Pour eux, même le consommateur ne bénéficiera pas de baisse de prix que les réductions de taxes induiront indubitablement.
Pour mettre en exergue les incohérences de la tarification douanière, les réalisateurs de l’étude citent l’exemple de l’Europe et des Etats-Unis où les marques que ces concessionnaires importent ne subissent actuellement que des taxes de 10% et 2,5% actuellement. Le groupement se pose la question de savoir si le Maroc protège les marques européennes et américaines plus qu’elles ne le sont dans leurs propres pays.
Si la situation persiste, les parts de marché des véhicules asiatiques qui sont aujourd’hui de 53% vont reculer à 43% en 2012, selon leurs projections de l’étude. Les investissements des importateurs de véhicules asiatiques vont également ralentir dans un secteur où ils emploient 2 300 salariés.
Trois questions à Adil Bennani, dg de toyota et porte-parole du givet :Avec un différentiel de 10 points de droits de douane le marché restera équilibré
Pourquoi un lobbying aussi tardif sachant que la problématique était prévisible depuis longtemps ?
Nous aurions effectivement dû commencer plus tôt puisque le démantèlement avait commencé, lui, dès 2002. Maintenant, il y a deux raisons à cela. D’abord, au départ la menace n’était pas si forte. Et ce n’est qu’au fil du temps que nous avons commencé à mesurer le handicap que cela représentait pour nous. Et le temps de s’organiser et de mobiliser les concessionnaires concernés, le danger était déjà là. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire et la dynamique est lancée.
Qu’attendez-vous de l’action que vous venez d’enclencher et pourquoi n’avez-vous pas demandé la parité pure et simple ?
Nous attendons, bien entendu, une baisse des barrières tarifaires et nous serions heureux qu’elle intervienne dans les plus brefs délais. Nous allons demander à rencontrer les responsables gouvernementaux pour leur présenter nos arguments. Nous commencerons par leur exposer les conclusions de l’étude que nous avons commanditée et qui étaye de manière claire, précise et documentée notre thèse. Parallèlement, nous toucherons les parlementaires pour les convaincre de changer la loi, si ce n’est pour 2009, au moins pour 2010. En ce qui concerne notre renonciation à demander l’alignement sur les tarifs appliqués aux véhicules européens, nous avons voulu que notre démarche soit responsable. Nous savons ce que représente l’UE en matière d’opportunités et d’échanges pour le Maroc. Et c’est pour cela que nous acceptons que le différentiel soit ramené à 10 points mais pas plus. Et cela nous paraît comme un seuil qui permettra au marché d’être équilibré et au consommateur d’en profiter. Mais vous savez, notre secteur est très sensible. L’arrivée, par exemple, de certains nouveaux modèles européens vont bouleverser le segment des micro-citadines. Et nos marges de manœuvre seront très réduites sans les baisses que nous demandons.
Pensez-vous que le gap tarifaire actuel au niveau des droits à l’importation est dû seulement à l’absence d’accords de libre-échange entre le Maroc et les pays asiatiques ?
Il est évident qu’il y a des éléments historiques et de l’arrivée plutôt récente des véhicules non européens sur le marché national. Mais croyez-moi, aujourd’hui le consommateur n’est plus sensible à l’argument de ce que nos concurrents ont appelé pendant longtemps «la qualité européenne». Le consommateur marocain est très averti et il voit bien que sur ce plan comme sur d’autres, les véhicules asiatiques présentent également la fiabilité, la sécurité et le confort nécessaires pour rouler et voyager. Et puis, dans un environnement où le pouvoir d’achat est ce qu’il est, l’argument «prix» a un poids déterminant. Et l’arrivée prochaine de véhicules low cost confirmera son importance.
















